Rubrique qui accueillera quelques traces de mes lectures.

Après recherche vaine d'un titre qui me convienne, je reprends tel quel le titre du chapitre XII du livre cheminements de Michel de Certeau "L'invention du quotidien - 1/ Arts de faire" pages 279 à 296 dans la collection 10/18 de 1980.

Michel de Certeau y défend le droit du lecteur ordinaire à se projeter dans le texte qu'il lit, à transformer ou du moins à ajouter de sa propre expérience de vie consciente et inconsciente dans l'œuvre de l'auteur lu. A être plus que ce consommateur passif qu'une l'élite prescriptrice et lointaine voit le plus communément en lui.

Une vingtaine de pages que j'aurais envie de copier intégralement ici pour m'y reporter fréquemment. Extrait:

"Ce qu'il faut mettre en cause, (.....c'est) l'assimilation de la lecture à une passivité. En effet, lire c'est pérégriner dans un système imposé (celui du texte, analogue à l'ordre bâti d'une ville ou d'un supermarché). Des analyses récentes montrent que toute lecture modifie son objet [Michel Charles, Rhétorique de la lecture, Seuil 1977 p.83], que (Borgès le disait déjà) une littérature diffère d'une autre moins par le texte que par la façon dont elle est lue [L. Borgès cité par Gérard Genette, Figures, Seuil 1966 p.123], et que finalement un système de signes verbaux ou iconiques est une réserve de formes qui attendent du lecteur leur sens. Si donc le livre est en effet (une construction) du lecteur [ Michel Charles, Rhétorique de la lecture, Seuil 1977 p.61], on doit envisager l'opération de ce dernier comme une sorte de lectio, production propre au lecteur [ on sait que lecteur est, au Moyen Âge, un titre d'enseignant]. Celui-ci ne prend ni la place de l'auteur ni une place d'auteur. Il invente dans les textes autre chose que ce qui était leur intention. Il les détache de leur origine (perdue ou accessoire). Il en combine les fragments et il crée de l'in-su dans l'espace qu'organise  leur capacité à permettre une pluralité indéfinie de significations. Cette activité liseuse est-elle réservée au critique littéraire (toujours privilégié par les études sur la lecture) c'est-à-dire de nouveau à une catégorie de clercs, ou peut-elle s'étendre à toute la consommation culturelle ? Telle est la question à laquelle l'histoire, la sociologie ou la pédagogie scolaire devraient apporter des éléments de réponse." pages 285-286

Au fil du chapitre, comme invite à retourner au texte et suivant le désordre des relectures successives : "Lectures initiatiques", "impertinence du lecteur", "errances", "textes de la perdition", "nomadisme", "liberté de brouter la ration de simulacres que le système distribue à chacun", "envols imaginaires ou méditatifs à partir de quelques mots", "activité silencieuse, transgressive, ironique ou poétique", "les opérations lisantes rusent (...) en insinuant leur inventivité dans les failles d'une orthodoxie culturelle", "joueuse, protestataire, fugueuse", "on lit dans le noir toujours (Citation de Marguerite Duras)"

Voilà c'est posé, subjectivité et liberté de lecture revendiquées !