ou la métamorphose graduelle d'une bibliothécaire lambda gagnée par le numérique : exposé des faits sous la forme de l'autoportrait (moqueur)

Tournée 93 - Bourges - Bagnolet via Epineuil le Fleuriel, La Chapelle d'Angillon, Nozières, Sancergues, Saint Germain du Puy...
La bibliothèque départementale dans laquelle je travaille, après avoir débuté à Aubervilliers, dessert deux fois par an 174 lieux de lecture, dont 69 bibliothèques et 105 points lecture. C'est un réseau de lecture publique, animé à 87% par des bénévoles et à 13% par des salariés. Des équipes d'une moyenne d'âge plutôt élevée, mais à l'œil pétillant.

"La possible disparition du livre n'inquiète pas trop le bibliothécaire. Il n'y croit guère. Lors d'un débat organisé à Tokyo l'an passé, je devais en discuter avec des universitaires japonais spécialistes du livre. Ils m'écoutèrent avec un sourire tout oriental et m'avouèrent enfin que nos craintes leurs paraissaient très exotiques. Si le livre devait disparaître, disaient-ils, eh bien c'est que d'autres moyens l'auraient avantageusement remplacé !"
La sagesse du bibliothécaire / Michel Melot (p.38)

Les bibliothécaires ont toujours utilisé Excel ... c'est un rêve de bibliothécaire tous ces outils web ... réseaux sociaux, delicious, netvibes ...

                                  [...puis c'est là je crois,
                                   qu'il y eu des blancs,

                                   une improvisation en quelque sorte intériorisée,
                                 "des tâtonnements dans la synchro, mais c'était bien comme ça, vraiment"
                                   merci à toi Cécile,

                                   et à François ...]

"De là une troisième hypothèse, réaliste et concrète celle-là, qui pourrait avec le temps devenir fort réalisable . Ici la table de travail n'est plus chargée d'aucun livre. A leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. De là on fait apparaître sur l'écran la page à lire pour connaître la réponse posée par téléphone avec ou sans fil (...) il y aurait un haut-parleur si la vue devait être aidée par une donnée ouïe .... Une telle hypothèse, un Wells certes l'aimerait."[ Paul Otlet, à qui l'on doit la classification décimale universelle en vigueur dans bien des bibliothèques, écrivait ceci dans son Traité de documentation sous titré Le livre du livre, paru en 1934, p.219]

En 1965, être présent c'était pour le bibliothécaire sillonner les marchés et faire ainsi connaître la bibliothèque.
"La tache ordinaire du bibliothécaire n'est donc pas d'accumuler les livres, mais bien de les choisir et d'assumer ce choix. La collection qu'il compose est un savant compromis entre ce qu'il croit que lui demanderont ses lecteurs et ce qu'il croit devoir leur proposer, ou encore entre ce qu'il espère que lui demanderont ses lecteurs et ce qu'il estime qu'ils devraient demander."
La sagesse du bibliothécaire / Michel Melot (p.13)

En 2010, le bibliothécaire est présent sur Internet, il y parle de ses lectures, [des animations qu'il met en place à la bibliothèque].

"Le bibliothécaire va mourir : beaucoup l'ont prédit. Selon certains, il mourra étouffé sous une avalanche de papiers imprimés produits par l'édition du monde entier, (...). D'autres au contraire prophétisent qu'il mourra par assèchement de ses sources, captées par les ordinateurs domestiques"
La sagesse du bibliothécaire / Michel Melot (p.25)

"Si le livre papier disparaît ...." twittait liberlibri le 3 mai 2010...

C'est sans compter sur la mutation que l'on observe de bibliothécaire vers bibliotweeter. Moi même, de plus en plus,

twitter me fonde dans mon identité professionnelle. Tweeter réunit la timide bibliothécaire et l'impénitente bavarde qui sont en moi. Il y a de longs moments de silence, où tapie en ligne je lis les tweets qui défilent sans relâche sur l'écran de mon téléphone portable, et des moments de fièvre intense, lorsque veiller et raccourcir les URL explose les repères, crée de la pensée inédite.

Un bon bibliotweeter possède une connaissance profonde de l'humain et de la rhétorique, voire de la sémiotique. La première suppose un savoir-être indéniable pour créer du lien virtuel, la seconde un savoir-communiquer concis. Chaque follower a son mode d'intervention propre, chaque following s'inscrit dans une stratégie.

Tout bibliotweeter est un instinctif. Débarquer sur le réseau aux heures où les échanges internationaux fusent demande spontanéité et sens de la répartie. Tout bibliotweeter est un doux rêveur. Qui ne sait développer de l'empathie vis à vis de ses lecteurs-followers ne sera jamais que le robot froid d'un siècle révolu.

Bibliotweeter est un état d'esprit. Je tweet à temps plein. Quand je dors, je tweet, quand je mange, je tweet. Je retweete d'un seul doigt. J'envoie des DM sans m'en rendre compte. J'ai tweeté dans des zones blanches et dans des médiathèques bondées. Je ne m'adresse plus aux lecteurs sans mettre une arobase devant leur nom. Je rajoute un hastag devant tout mot sujet y compris ceux de la BNF. J'ai tweeté en intégrant des notices UNIMARC et même en désherbant les collections. Faire des requêtes Z39-50 suffit à écrire des messages de 140 caractères totalement insensés, de tout livre obsolète surgit une vérité bonne à tweeter. C'est affaire de tempérament.

Tout compte dans la façon de twitter. Un jour ce peut être la fantaisie. Vous avez choisi la plaisanterie plutôt que la retenue, vous avez interpellé une snobité du monde des arts et des lettres, de celle qui se drape dans l'indifférence la plus complète, vous avez été un peu familier, et vous vous êtes attiré les sarcasmes de toute votre time line.
Le grand bibliotweeter est un être bizarre dont il faut apprendre à se méfier. Il y a quelques individus qui tweetent frénétiquement quand tous les autres tweetent avec parcimonie. Il faut le savoir.

Bien sûr, il y a eut de grands bibliotweeters avant moi. silvae, liminaire, dbourrion, bibliomancienne, et doume93 (dit-on). Pour eux chaque tweet est une encyclopédie en soi. Il y a aussi les bibliotweeters qui vous font honte. Le bibliotweeter qui lance des informations 1000 fois données avant lui dans les 10 secondes précédentes. L'un nourrit la communauté, l'autre la noie sous les jacasseries.

Parfois, le sort s'en mêle. Le réel est le pire ennemi. Je me souviens d'une tweet partie à la bibliothèque de B. , zone hyper couverte par les opérateurs de téléphonie et envahie par des blogueurs fous, qui m'a laissée tétanisée, incapable de m'exprimer, incapable – ce qui est encore pire – de bibliotweeter pendant des heures. ("le métier de bibliotweeter" écrit d'après un modèle formalisé par l'OuLiPo)



Vous vous demandez ce qu'est un bibakucha ? et bien avant d'y participer, les 10 invités de François Bon, de Dominique Brigaud et Dominique Macé, se le demandaient aussi !


Sûrement une forme inédite de partage qui mêlerait littérature et réflexion, lecture, lecteurs, bibliothèques personnelles et bibliothèques publiques, blogueurs, écrivains, libraires, bibliothécaires.
Ici et , ou , les autres interventions de la soirée.

Toutes les traces sur différents blogs accessibles dans ce Pearltress (venu après la rédaction du billet);

Et à Xavier la conclusion : il s'est inauguré le 9 novembre à Bagnolet quelque chose dont on se souviendra encore avec émotion dans des années, et qui fera école (du moins est-ce à souhaiter au monde entier !).